Inventaire, 264

Alexandre Labasse, Directeur Général du Pavillon de l'Arsenal

L’architecture se construit de matières exogènes. Si par nature elle agrège les produits et techniques de son temps, immortelle, elle dialogue avec l’histoire des arts. Ces échanges dépassent l’esthétique des formes ou la simple opposition entre le mur et la fonction et se renouvellent avec l’évolution et le développement de projets artistiques.

Aujourd’hui les disciplines s’interpellent peut-être plus directement encore tant les artistes questionnent la ville complexe et inclusive. L’ambition de cet ouvrage est de donner à lire la diversité de ces démarches pour offrir au travers de la lecture de ces oeuvres sans dessein ni projet, et d’une dizaine de textes critiques, une plateforme de pensées et recherches pour appréhender l’Architecture contemporaine.
L’expérience s’inscrit à la suite de l’installation du Monde parfait de Martine Feipel et Jean Bechameil, au Pavillon de l’Arsenal au cours de l’été 2014.

L’intrusion de ce groupe sculptural monumental, interprétation de trois grands ensembles franciliens – la cité des 4000 des architectes Clément Tambuté et Henri Delacroix, les Orgues de Flandres, oeuvre de Martin Schultz Van Treeck, et les tours Nuages conçues par Émile Aillaud – invitaient le public à renouveler son regard sur ces architectures souvent mal comprises et mal aimées. À la mauvaise réputation des constructions, le couple d’artistes opposait la volonté de progrès portée par l’utopie moderniste et la singularité des propositions des concepteurs. Face à la vétusté et le souhait de démolition de certains ensembles, ils rappelaient notre devoir de mémoire et la haute valeur patrimoniale de ces logis dans la grande histoire du xxe siècle. Pendant trois mois, l’installation a révélé une situation, engagé les discussions et même involontairement la polémique, mais surtout donné accès non pas à une représentation fantaisiste de la réalité, mais à la réalité même, beaucoup plus étrangère à la conscience usuelle.

Artistes et architectures, dimensions variables est autant la somme d’une pluralité de pratiques que le produit d’une sélection partielle d’oeuvres passées au filtre des problématiques architecturales. L’ensemble, libéré des contingences de stabilité, de sécurité, de normes ou de programmes, s’exonère aussi des transcriptions construites formelles ou suggestives, des collaborations artistes-architectes connues et des interventions d’art urbain, pour mieux « montrer dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience »1. Il en résulte un inventaire à géométrie mouvante et aux limites floues qui explore les flux physique et virtuels, redéfinit les temps urbains et les usages publics, interroge la mondialisation, la place de la nature et l’économie collaborative ou se joue de l‘espace et de la mesure pour repenser l’architecture non seulement dans sa substance physique, mais aussi comme organisation sociale.